Qu'est-ce qu'une obligation en Bourse ? Définition et exemples

En 2027, l'État prévoit d'émettre 340 Md€ de titres de dette à moyen et long terme. Pour l'essentiel, des obligations. En effet, c'est par elles que les États, mais aussi des entreprises, peuvent emprunter des sommes parfois colossales. Ces obligations ne sont pas réservées aux professionnels : tout investisseur peut acheter des obligations en Bourse.
Pourtant, seuls 18 % des Français disent comprendre suffisamment ce qu'est une obligation pour y investir, contre 40 % pour une action et 10 % pour un ETF (« Les Français et la Bourse », Lise × poll&roll, 2026). Définition, fonctionnement, risques et exemples chiffrés : voici tout ce qu'il y a à savoir sur les obligations.
Qu'est-ce qu'une obligation ?
Une obligation est un titre financier qui représente une part d'une dette, émise par un État, une collectivité ou une entreprise. En achetant une obligation, on prête donc de l'argent à son émetteur. L'Autorité des marchés financiers (AMF) décrit d'ailleurs l'obligation comme « un morceau de dette » (ministère de l'Économie, 2025).
Pour illustrer concrètement ce qu'est une obligation, prenons un exemple chiffré. Imaginons une entreprise qui a besoin d'emprunter 10 M€. Plutôt que de s'adresser à une banque, elle découpe cet emprunt en 10 000 obligations de 1 000 € chacune, qu'elle propose à des investisseurs. Celui qui en achète 10 lui prête 10 000 €, soit 0,1 % de l'emprunt. En échange, il reçoit des intérêts, puis récupère ses 10 000 € à la date prévue.
Pourquoi passer par des obligations plutôt que par un crédit bancaire ? D'abord pour diversifier ses prêteurs : en empruntant auprès de nombreux investisseurs, l'entreprise ne repose plus sur une seule banque. Pour la Banque de France, les financements de marché « réduisent la dépendance des entreprises au secteur bancaire ». Ils complètent toutefois le crédit bancaire plus qu'ils ne le remplacent.
Ensuite pour emprunter sur une durée souvent plus longue qu'avec un crédit bancaire. Une obligation court en pratique de 5 à 30 ans et peut être remboursée en une seule fois, à l'échéance.
En contrepartie, une émission demande des moyens : une émission ouverte au public peut notamment exiger un prospectus validé par l'AMF et une notation de l'entreprise. Longtemps réservé aux grands groupes, ce mode de financement s'est ouvert aux PME et aux ETI en 2012.
Juridiquement, les obligations sont des titres négociables qui, dans une même émission, confèrent les mêmes droits de créance pour une même valeur nominale (Code monétaire et financier, article L. 213-5). Autrement dit, une obligation peut être revendue avant la fin du prêt et toutes celles d'un même emprunt donnent les mêmes droits à leurs porteurs.
Qui émet des obligations ?
Quatre grands types d'emprunteurs émettent des obligations :
- Les États. En France, les obligations d'État s'appellent les obligations assimilables du Trésor (OAT), émises par l'Agence France Trésor (AFT), qui gère la dette de l'État. Depuis 2013, les OAT sont d'ailleurs le seul titre que l'État émet pour emprunter à moyen et long terme. L'État émet aussi des obligations vertes, dont le montant est adossé à des dépenses en faveur du climat et de l'environnement. Fin janvier 2026, ses quatre OAT vertes représentaient 87 Md€ (AFT, 2026).
- Les collectivités locales, comme les régions ou les grandes villes, pour financer des équipements : lycées, transports, routes…
- Les banques, qui comptent parmi les principaux émetteurs. Au premier trimestre 2026, elles ont émis 25 Md€ de titres de dette, nets des remboursements, juste après les administrations publiques (Banque de France, 2026).
- Les entreprises, pour financer leur développement sans ouvrir leur capital à de nouveaux actionnaires. On parle alors d'obligations d'entreprises.
Le poids des obligations est considérable. Fin mars 2026, les acteurs français avaient émis 5 749 Md€ de titres de dette, en comptant les titres à court terme. C'est plus du double de la valeur de toutes les actions françaises cotées (2 693 Md€). Sur ce total, 3 138 Md€ avaient été émis par les administrations publiques (État, collectivités, Sécurité sociale) et 742 Md€ par les entreprises (Banque de France, 2026).
Comment fonctionne une obligation ?
Une obligation fonctionne selon des règles fixées dès son émission, dans un contrat d'émission qui précise notamment sa durée, son taux d'intérêt, ses modalités de remboursement et ses éventuelles garanties.
Trois éléments sont essentiels :
- La valeur nominale est la somme prêtée par titre. C'est elle qui est remboursée à la fin et c'est sur elle que sont calculés les intérêts. Elle varie beaucoup selon les émetteurs : une OAT a par exemple une valeur nominale de 1 € seulement.
- Le coupon correspond aux intérêts versés au porteur, à intervalles réguliers, pendant toute la durée de vie de l'obligation. Il s'exprime en pourcentage de la valeur nominale. La fréquence des versements est fixée par le contrat d'émission : les OAT, par exemple, versent leur coupon une fois par an. Une obligation de 1 000 € à 5 % sur dix ans rapporte ainsi 50 € par an pendant dix ans.
- L'échéance, aussi appelée maturité, est la date du remboursement. Elle varie elle aussi beaucoup d'une obligation à l'autre. Les OAT, par exemple, ont des maturités de 2 à 50 ans.
Le remboursement peut se faire de plusieurs façons. Le capital peut être remboursé en une seule fois, à l'échéance : on parle de remboursement in fine. C'est le cas des OAT. D'autres obligations sont remboursées par tranches, chaque année, jusqu'à l'échéance.
Prenons, par exemple, une obligation de 1 000 € avec un coupon de 4 % et une échéance de 5 ans, remboursée in fine. Son porteur reçoit 40 € par an pendant 5 ans, soit 200 € d'intérêts au total, puis récupère ses 1 000 € à l'échéance.
La même obligation, remboursée par tranches de 200 € par an, rapporte moins d'intérêts. Ils sont en effet calculés sur la somme qui reste due, et qui diminue mathématiquement chaque année. Le porteur reçoit alors 240 € la première année (200 € de remboursement et 40 € d'intérêts), puis 232 €, 224 €, 216 € et enfin 208 €, soit 120 € d'intérêts au total.

Toutes les obligations versent-elles un coupon fixe ?
Non. Le coupon peut prendre plusieurs formes :
- L'obligation à taux fixe verse un coupon connu dès le départ, qui ne change pas jusqu'à l'échéance. C'est le cas des OAT classiques.
- L'obligation à taux variable verse un coupon qui évolue en fonction d'un taux de référence du marché.
- L'obligation indexée voit son coupon ou son capital évoluer selon un indice, par exemple l'inflation. En France, l'État émet ainsi des OATi et des OAT€i, dont le capital est indexé sur l'inflation.
- L'obligation zéro coupon ne verse aucun intérêt en cours de route. Elle est achetée moins cher que sa valeur nominale et c'est l'écart qui rémunère le porteur. Par exemple, elle peut être achetée 900 € et remboursée 1 000 € trois ans plus tard.
Quelle est la différence entre une action et une obligation ?
Une action est une part du capital d'une entreprise, alors qu'une obligation est une part de sa dette. L'action fait de son détenteur un associé, qui partage la réussite et les difficultés de l'entreprise. L'obligation fait de son détenteur un prêteur, qui attend d'être payé selon les conditions prévues au départ.
Cette différence a plusieurs conséquences concrètes :
- Le revenu : le coupon est fixé par le contrat d'émission. Le dividende d'une action, lui, est décidé chaque année et n'a rien d'obligatoire.
- La durée : une obligation a en principe une date de fin, à laquelle elle est remboursée. Une action n'en a pas.
- Le prix : le cours d'une action dépend surtout des résultats et des perspectives de l'entreprise. Celui d'une obligation à taux fixe dépend surtout des taux d'intérêt et du risque que l'émetteur ne paie pas.
- Les droits : l'actionnaire vote en assemblée générale. Le porteur d'obligations n'a pas son mot à dire sur la gestion de l'entreprise. En revanche, les porteurs d'une même émission sont regroupés en une « masse », qui défend leurs intérêts communs et désigne ses représentants en assemblée des obligataires (Code de commerce, article L. 228-46).
- La faillite : en cas de liquidation, les créanciers, dont les porteurs d'obligations, passent en principe avant les actionnaires. Cela ne garantit pas pour autant qu'ils récupèrent toute leur mise.
Prenons l’exemple d’un investisseur qui place 1 000 € en actions et 1 000 € en obligations à 4 % de la même entreprise. Si l'entreprise prospère, ses actions peuvent prendre de la valeur et lui rapporter des dividendes, sans plafond fixé à l'avance.
Ses obligations, elles, lui rapportent 40 € par an, puis 1 000 € à l'échéance s'il les garde jusqu'au bout. Si l'entreprise fait faillite, il est servi en tant que porteur d'obligations avant de l'être en tant qu'actionnaire, mais rien ne lui garantit de récupérer ses 1 000 €. Ses actions, elles, risquent de ne plus rien valoir.
Pourquoi le prix d'une obligation baisse-t-il quand les taux montent ?
Une obligation à taux fixe déjà émise verse un coupon figé, alors que les nouvelles obligations paient les taux du moment. C’est l'AMF qui le dit : avant son échéance, la valeur d'une obligation varie en sens inverse des taux d'intérêt.
Prenons une obligation de 1 000 € avec un coupon de 3 %. Son porteur touche 30 € par an. Les taux d'intérêt montent et les nouvelles obligations comparables paient désormais 4 %, soit 40 € par an pour 1 000 € prêtés. Personne n'achètera l'ancienne obligation 1 000 € si elle ne rapporte que 30 €. Pour la revendre, son porteur doit baisser son prix.
De combien ? Supposons qu'il ne reste qu'un an avant l'échéance. Dans un an, l'obligation rapportera 1 030 € : le dernier coupon de 30 € et le remboursement de 1 000 €. Pour qu'un acheteur gagne 4 %, il doit la payer environ 990 €, soit 1 030 € divisés par 1,04. Son gain, d'environ 40 €, représente bien 4 % de sa mise.
Le mécanisme fonctionne aussi dans l'autre sens. Si les taux baissent à 2 %, l'obligation à 3 % devient plus intéressante que les nouvelles, et son prix monte. Avec dix ans restant à courir, elle vaudrait environ 1 090 €.
Le prix d'une obligation s'ajuste donc en permanence pour que son rendement reste aligné sur les taux du marché : il baisse quand les taux montent et monte quand ils baissent.

À noter que cette baisse de prix ne devient une perte que si le porteur revend son obligation. S'il la garde jusqu'à l'échéance, il récupère 1 000 € (sauf si l'émetteur fait défaut).
Quelle est la différence entre le coupon et le rendement ?
Le coupon est calculé sur la valeur nominale alors que le rendement tient compte du prix réellement payé. En principe, les deux ne coïncident que si l'obligation est achetée à sa valeur nominale.
Prenons une obligation de 1 000 € avec un coupon de 3 %, à dix ans de son échéance. Si les nouvelles obligations comparables paient 4 %, son prix tombe à environ 919 €. Son acheteur touche toujours 30 € par an, soit 3,26 % de ce qu'il a payé. Mais à l'échéance, il récupère 1 000 €, soit 81 € de plus que sa mise. En comptant les coupons et ce gain, son rendement atteint environ 4 % par an.
Ce calcul s'appelle le rendement actuariel. C'est le chiffre qui permet de comparer des obligations entre elles, et il doit d'ailleurs figurer dans les documents d'émission. Il suppose que l'obligation est conservée jusqu'à l'échéance et que l'émetteur paie tout ce qu'il doit.
Que sont la sensibilité et la duration d'une obligation ?
La sensibilité mesure de combien le prix d'une obligation varie, en pourcentage, quand les taux bougent d'un point. Elle est étroitement liée à la duration, un indicateur qui mesure la durée de vie moyenne d'une obligation en tenant compte de tous ses versements, coupons compris.
Ces deux mesures dépendent d'abord du temps restant avant l'échéance. Selon l'AMF, la sensibilité est d'autant plus grande que la durée de vie de l'obligation est longue. Le porteur reste en effet coincé plus longtemps avec un coupon devenu moins intéressant.
Voici ce que devient le prix d'une obligation de 1 000 € avec un coupon de 3 %, si les taux passent de 3 % à 4 %, selon le temps restant avant l'échéance :
- avec 1 an restant, environ 990 €, soit une baisse d'environ 1 % ;
- avec 2 ans restant, environ 981 €, soit une baisse d'environ 2 % ;
- avec 10 ans restant, environ 919 €, soit une baisse d'environ 8 %.
Sur dix ans, cette obligation a une duration d'environ 8,8 ans et une sensibilité d'environ 8,5. Si les taux montent d'un point, son prix baisse donc d'environ 8,5 %. Le calcul exact donne 919 €, soit une baisse de 8,1 % : la sensibilité ne donne qu'une approximation, d'autant moins précise que les taux bougent fortement.
C'est pourquoi les obligations à long terme sont plus exposées au risque de taux que les obligations à court terme.
Comment acheter une obligation ?
Un particulier peut acheter une obligation en direct, depuis un compte-titres, ou indirectement, à travers un fonds. En direct, l'achat se fait soit à l'émission, soit plus tard auprès d'autres investisseurs.
Marché primaire ou marché secondaire ?
Le marché primaire est celui des obligations nouvellement émises. Leur placement auprès des investisseurs est généralement assuré par un groupe de banques choisies par l'émetteur. L'acheteur prête alors directement à l'émetteur, au prix d'émission. C'est par exemple le cas lorsqu'une entreprise ouvre un emprunt obligataire au public.
Le marché secondaire est celui où s'échangent les obligations déjà émises, entre investisseurs. Le prix y varie chaque jour selon l'offre et la demande et c'est là que joue le mécanisme entre taux et prix. Ce prix s'exprime en pourcentage de la valeur nominale. Une obligation de 1 000 € cotée à 98 % s'échange donc 980 €.
Les OAT en sont un bon exemple. Les particuliers ne peuvent pas les acheter à l'émission, réservée à des banques spécialisées. En revanche, ils peuvent les acheter sur un marché secondaire organisé pour eux, comme une action.
Acheter une obligation en direct ou via un fonds ?
Un particulier peut acheter des obligations en direct ou à travers un fonds obligataire. Les deux options ont leurs avantages et leurs limites.
Acheter une obligation en direct, c'est savoir exactement à qui l'on prête, à quelles conditions et jusqu'à quand. Si l'obligation est conservée jusqu'à l'échéance, elle est en principe remboursée à sa valeur nominale, quelle que soit l'évolution des taux entre-temps, sauf défaut de l'émetteur.
En contrepartie, une seule obligation fait dépendre d'un seul emprunteur. Et certaines obligations ont une valeur nominale élevée, ce qui rend difficile d'en détenir plusieurs.
Un fonds obligataire fonctionne un peu comme un ETF, mais avec des obligations : il détient des dizaines ou des centaines d'obligations à la fois. Il permet ainsi de répartir son argent entre de nombreux émetteurs en une seule opération. Certains fonds obligataires sont d'ailleurs des ETF, cotés en Bourse et qui suivent le plus souvent un indice d'obligations.
En contrepartie, un fonds obligataire n'a en général pas d'échéance : les obligations remboursées sont remplacées par de nouvelles. Sa valeur varie donc en permanence avec les taux, sans date à laquelle le capital serait remboursé. Selon l'AMF, les fonds obligataires n'offrent aucune garantie de retrouver l'investissement de départ et ils prélèvent également des frais de gestion.
L'assurance-vie est aussi un moyen indirect de détenir des obligations. Les assureurs vie investissent en effet d'abord en titres de dette : fin 2025, ils en détenaient 1 200 Md€, ce qui en faisait leur principale classe d'actifs (Banque de France, 2026).
Quels sont les avantages d'une obligation ?
Le premier avantage d'une obligation est la visibilité. Le montant ou le mode de calcul des coupons, leur calendrier et la date de remboursement sont fixés par le contrat d'émission. Celui qui garde son obligation jusqu'au bout sait donc à l'avance comment et quand il doit être payé, tant que l'émetteur tient ses engagements.
Le deuxième tient à la nature du coupon. C'est une dette de l'émetteur et non une part de ses bénéfices : il est dû, que l'émetteur gagne de l'argent ou non. Une entreprise qui traverse une mauvaise année peut décider de ne verser aucun dividende à ses actionnaires, mais elle doit toujours payer les intérêts de ses obligations. Elle ne peut s'en dispenser qu'en faisant défaut.
Le troisième tient à son rang. Le porteur d'obligations est un créancier : si l'émetteur fait faillite, il passe en principe avant les actionnaires au moment de répartir ce qui reste. Il ne passe pas pour autant en premier, car certains créanciers sont prioritaires, comme les salariés pour leurs salaires. Cette priorité sur les actionnaires peut limiter les pertes, sans les empêcher, évidemment.
Quels sont les inconvénients d'une obligation ?
Une obligation a deux limites, même quand tout se passe bien.
La première est un gain plafonné. Conservée jusqu'à l'échéance, une obligation rapporte en principe ses coupons et son remboursement, rien de plus. Si l'entreprise émettrice double son bénéfice, le porteur d'une obligation de 1 000 € à 4 % touche toujours 40 € par an. C'est l'actionnaire qui profite de la croissance.
L'autre limite est un droit de regard réduit sur l'émetteur. Le porteur d'obligations ne vote pas aux assemblées d'actionnaires et n'a pas son mot à dire sur la gestion. Il ne peut pas non plus demander, à titre individuel, à consulter les comptes et les documents de la société : seuls les représentants de l'ensemble des porteurs d'une même émission peuvent les obtenir.
Quels sont les risques d'une obligation ?
Comme tout produit boursier, une obligation peut faire perdre de l'argent : le capital investi n'est pas garanti. Et plusieurs risques peuvent peser sur elle.
- Le risque de taux : c'est le risque le plus important pour le porteur d'obligations. Si les taux montent, le prix d'une obligation à taux fixe baisse. Celui qui doit la revendre avant l'échéance peut alors le faire à perte.
- Le risque de défaut : l'émetteur peut ne pas payer un coupon, ou ne pas rembourser le capital à l'échéance. Plus ce risque est élevé, plus l'émetteur doit offrir un taux d'intérêt important pour trouver des prêteurs. Et même sans défaut, le prix d'une obligation baisse dès que le risque perçu augmente.
- Le risque de liquidité : certaines obligations s'échangent rarement. Leur porteur peut avoir du mal à trouver un acheteur au moment voulu, ou devoir accepter un prix plus bas. Ce risque disparaît en revanche si l'obligation est conservée jusqu'à l'échéance.
- Le risque d'inflation : une obligation classique rembourse le même montant qu'au départ, quelle que soit la hausse des prix entre-temps. Avec un coupon de 3 % et une inflation de 4 % par an, le porteur perd du pouvoir d'achat, même si l'émetteur paie tout ce qu'il doit. Les obligations indexées sur l'inflation permettent de s'en protéger.
- Le risque de change : pour une obligation libellée dans une autre monnaie que l'euro, le montant reçu en euros dépend aussi de l'évolution de cette monnaie.
Pour évaluer le risque de défaut, des agences de notation attribuent des notes aux émetteurs, du AAA pour les plus solides aux notes les plus basses pour les plus fragiles. Attention, néanmoins : une bonne note reste l’opinion d’une agence de notation, pas une garantie. La réglementation européenne définit d'ailleurs la notation comme un « avis » sur la qualité de crédit d'un émetteur (règlement (CE) n° 1060/2009, article 3).
Qu'est-ce qu'une obligation à haut rendement ?
Une obligation à haut rendement, ou high yield, est une obligation émise par un emprunteur jugé risqué, qui offre en échange un taux d'intérêt plus élevé. En effet, le risque et le rendement vont de pair : plus un émetteur est jugé risqué, plus il doit offrir un taux élevé pour trouver des prêteurs. Une entreprise jugée solide peut par exemple emprunter à 3 %, quand une entreprise plus fragile devra offrir 7 %. Ce rendement plus élevé rémunère un risque de défaut plus élevé, sans aucune garantie.
Le principe vaut aussi pour les États. Début 2024, la France empruntait encore dans de meilleures conditions que la plupart de ses voisins de la zone euro. En octobre 2025, l'écart entre son taux à dix ans et celui de l'Allemagne dépassait nettement ceux de l'Espagne et du Portugal, et même légèrement celui de l'Italie, longtemps considérée comme plus fragile. Entre-temps, les trois principales agences de notation avaient abaissé la note de la France. Signe de ce renversement, certaines entreprises françaises empruntaient même moins cher que l'État depuis août 2025.
Pourquoi l'État émet-il 340 milliards d'euros d'obligations en 2027 ?
L'État prévoit d'émettre 340 Md€ de titres de dette à moyen et long terme en 2027, nets des rachats, contre 310 Md€ en 2026 (AFT, 2026). Une grande partie de ce montant sert à rembourser des obligations qui arrivent à échéance. Le reste finance le déficit de l'État. Pour simplifier, on parle ici d'obligations : en pratique, il s'agit d'OAT.
D'où vient ce besoin ?
Le besoin de financement de l'État atteindra 339,7 Md€ en 2027, en hausse de 28 Md€ sur un an (AFT, 2026). Selon l'AFT, cette hausse vient principalement des remboursements d'obligations, qui augmentent de 19,4 Md€. Les titres émis ces dernières années, notamment pendant la crise sanitaire et la crise énergétique, arrivent progressivement à échéance.
C'est le fonctionnement normal de la dette d'un État. Quand une obligation arrive à échéance, l'État rembourse ses porteurs. Pour le faire, il émet le plus souvent de nouvelles obligations. Les anciennes sont remboursées, les nouvelles prennent le relais.
Ces 340 milliards s'ajoutent-ils à la dette ?
Non, pas en totalité, puisqu'une grande partie sert à rembourser des titres existants. Le projet de budget plafonne d'ailleurs la hausse nette de la dette de l'État sous forme de titres à plus d'un an : 160,5 Md€ au maximum pour 2027 (AFT, 2026). Il s'agit d'un plafond autorisé et non d'un montant déjà réalisé.
Que changent les taux d'intérêt ?
La remontée des taux se lit directement dans les chiffres de l'AFT. Depuis début 2026, l'État emprunte à moyen et long terme à un taux moyen de 3,55 %, contre 3,14 % en 2025. Quand des obligations émises à des taux plus bas arrivent à échéance, elles sont donc remplacées par des obligations plus coûteuses.
Le lien entre taux et prix apparaît aussi dans ces chiffres. L'AFT prévoit 8 Md€ de décote à l'émission en 2027, pour tenir compte de la remontée des taux.
Une décote, c'est l'écart entre la valeur nominale d'une obligation et le prix, plus bas, auquel elle est vendue. Cela arrive notamment quand l'État émet de nouveaux titres d'une OAT déjà existante, dont le coupon est inférieur aux taux du moment. Pour trouver preneur, ces titres doivent donc être vendus moins cher que leur valeur nominale.
Qu'est-ce qu'une obligation tokenisée ?
Une obligation tokenisée est une obligation dont la propriété est enregistrée sur un registre distribué, une blockchain, plutôt que dans les registres traditionnels. C'est toujours une obligation, avec un coupon, une échéance et les risques propres à toute obligation. Seule change la façon dont le titre est inscrit et échangé. En avril 2021, la Banque européenne d'investissement a par exemple émis 100 M€ d'obligations à deux ans, enregistrées et réglées sur une blockchain publique (BEI, 2021). Le principe est le même que pour les actions tokénisées.
En Europe, ces titres peuvent être négociés et réglés dans le cadre du régime pilote, prévu par le règlement (UE) 2022/858. Ce cadre s'applique depuis le 23 mars 2023 et couvre les actions, les obligations et les parts de certains fonds. Pour les obligations, la taille d'une émission doit rester inférieure à 1 Md€ (AMF, 2024).
Ce régime pourrait évoluer. En décembre 2025, la Commission européenne a proposé de le pérenniser et d'en assouplir les plafonds. Le texte est encore en cours de négociation (Taylor Wessing, 2026).
C'est d'ailleurs dans le cadre de ce régime pilote que fonctionne Lise, ce qui lui permet de proposer à l'achat et à la vente des actions tokénisées.
Questions fréquentes
Comment sont imposés les intérêts d'une obligation ?
En principe, les coupons perçus sur un compte-titres sont soumis au prélèvement forfaitaire unique (PFU), aussi appelé flat tax. Depuis le 1er janvier 2026, son taux est de 31,4 % : 12,8 % d'impôt sur le revenu et 18,6 % de prélèvements sociaux (Service Public, 2026). Le contribuable peut choisir à la place le barème progressif de l'impôt sur le revenu, s'il y a intérêt. Ce choix vaut alors pour l'ensemble de ses revenus de placement de l'année.
Peut-on loger des obligations dans un PEA ?
En principe, non : les obligations sont exclues du plan d'épargne en actions (PEA) (AMF, 2024). Le PEA-PME-ETI, destiné au financement des PME et des ETI, accepte en revanche, sous conditions, des obligations convertibles ou remboursables en actions.
Une obligation peut-elle être remboursée avant son échéance ?
Oui, si son contrat d'émission le prévoit. Certaines obligations permettent à l'émetteur de rembourser ses porteurs plus tôt, à des conditions fixées dès le départ. Il a souvent intérêt à le faire quand les taux baissent, pour emprunter de nouveau moins cher. Le porteur récupère alors son argent plus tôt que prévu, au moment où il devient plus difficile de le replacer au même taux. D'autres obligations donnent au contraire au porteur le droit de demander un remboursement anticipé.
Une obligation peut-elle se transformer en action ?
Oui, pour certaines d'entre elles. Une obligation convertible donne à son porteur le droit d'échanger ses titres contre des actions de l'émetteur, selon des conditions fixées à l'émission. Une obligation remboursable en actions est, elle, remboursée en actions plutôt qu'en argent. Une fois devenu actionnaire, le porteur s'expose aux risques d'un actionnaire.
Détient-on des obligations quand on a une assurance-vie ?
Souvent, oui, mais indirectement. Les assureurs vie placent d'abord l'épargne qui leur est confiée en titres de dette, c'est-à-dire en grande partie en obligations. Sur le fonds en euros, le capital bénéficie en principe d'une garantie de l'assureur, en contrepartie d'un rendement plus faible : l'épargnant ne subit pas directement les variations de prix des obligations. Sur les unités de compte, en revanche, un fonds obligataire peut perdre de la valeur et le capital n'est pas garanti.
Sources
- Agence France Trésor : communiqué « Besoins et ressources de financement de l'État en 2027 et point sur l'année 2026 » (340 Md€ d'émissions contre 310 Md€ en 2026, besoin de financement de 339,7 Md€ en hausse de 28 Md€, remboursements en hausse de 19,4 Md€, plafond de 160,5 Md€, taux moyen de 3,55 % contre 3,14 % en 2025, 8 Md€ de décotes, 2026), aft.gouv.fr/fr/publications/communiques-presse/29092026-besoins-et-ressources-financement-letat-en-2027-et-point
- Lise × poll&roll : étude « Les Français et la Bourse » (18 % des Français disent comprendre suffisamment ce qu'est une obligation pour investir, 40 % pour une action, 10 % pour un ETF, 2026), lise.com/blog/etude-exclusive-lise-les-francais-et-la-bourse-une-culture-financiere-encore-trop-limitee
- Ministère de l'Économie : « Placements, qu'est-ce qu'une obligation ? » (définition de l'AMF, « un morceau de dette », 2025), economie.gouv.fr/particuliers/gerer-mon-argent/gerer-mon-budget-et-mon-epargne/placements-quest-ce-quune-obligation
- Banque de France : intervention du gouverneur, « Trop chers investissements : l'union de l'épargne et des investissements (2e partie) » (financements de marché et dépendance des entreprises au secteur bancaire, 2026), banque-france.fr/fr/interventions-gouverneur/trop-chers-investissements-lunion-de-lepargne-et-des-investissements-2eme-partie
- Banque de France : fiche 321 « Le financement obligataire » (durée de 5 à 30 ans, ouverture aux PME et ETI en 2012, contrat d'émission, modes de remboursement, formes de coupon, rendement actuariel, duration, cotation en pourcentage du nominal, droits des porteurs, risques, 2021), banque-france.fr/system/files/2024-04/823415 Fiche-321.pdf
- Agence France Trésor : « Les produits » (OAT seuls titres à moyen et long terme depuis 2013, valeur nominale de 1 €, maturités de 2 à 50 ans, remboursement in fine, OATi et OAT€i, 2026), aft.gouv.fr/fr/nos-produits
- Agence France Trésor : communiqué « OAT vertes : annonce du plafond d'émission provisoire pour l'année 2026 » (encours de 87 Md€ pour quatre OAT vertes, 2026), aft.gouv.fr/fr/publications/communiques-presse/27012026-oat-vertes-annonce-plafond-demission-provisoire-pour
- Banque de France : « Émission et détention de titres français, 1er trimestre 2026 » (5 749 Md€ de titres de dette, 2 693 Md€ d'actions cotées, 3 138 Md€ pour les administrations publiques, 742 Md€ pour les entreprises, 25 Md€ d'émissions nettes des banques, 2026), banque-france.fr/fr/statistiques/credit/emission-et-detention-de-titres-francais-2026-q1
- Banque de France : « Financement des entreprises, juillet 2026 » (taux d'intérêt moyen de 3,78 % sur les émissions de titres de dette des entreprises, 2026), banque-france.fr/fr/statistiques/credit/financement-des-entreprises-2026-07
- Agence France Trésor : fiche « OAT 3,75 % 25 mai 2056 » (intérêts annuels, payables à terme échu, 2025), aft.gouv.fr/fr/titre/fr001400xjj3
- AMF : « Comprendre les obligations avant d'investir » (valeur d'une obligation et taux d'intérêt, sensibilité et durée de vie, fonds obligataires sans garantie de capital, lien entre risque et taux, 2023), amf-france.org/fr/espace-epargnants/comprendre-les-produits-financiers/actions-obligations/obligations/comprendre-les-obligations-avant-dinvestir
- Agence France Trésor : « Les OAT aux particuliers » (marché secondaire des OAT ouvert aux particuliers, régi par la réglementation boursière, 2021), aft.gouv.fr/fr/oat-particuliers
- Banque de France : « Placements des assurances, 2025-T4 » (titres de créance, principale classe d'actifs des assureurs vie, 1 200 Md€ fin 2025, 2026), banque-france.fr/fr/statistiques/epargne/placements-des-assurances-2025-q4
- Assemblée nationale : rapport n° 1996 de la commission des finances sur le projet de loi de finances pour 2026, annexe 22 « Engagements financiers de l'État » (écarts de taux à dix ans avec l'Allemagne, comparaison avec l'Italie, l'Espagne et le Portugal, baisse de la notation, entreprises empruntant moins cher que l'État depuis août 2025, 2025), assemblee-nationale.fr/dyn/17/rapports/cion_fin/l17b1996-tiii-a22_rapport-fond.pdf
- Cour des comptes : « Analyse de l'exécution budgétaire 2024, gestion de la dette et de la trésorerie de l'État » (origine des décotes à l'émission, 2025), ccomptes.fr/sites/default/files/2025-05/NEB-2024-Gestion-dette-et-tresorerie-Etat.pdf
- Banque européenne d'investissement : « La BEI émet sa toute première obligation numérique sur une chaîne de blocs publique » (100 M€ à deux ans, avril 2021), eib.org/fr/press/all/2021-141-european-investment-bank-eib-issues-its-first-ever-digital-bond-on-a-public-blockchain
- AMF : dossier « Le régime pilote » (application depuis le 23 mars 2023, émissions obligataires inférieures à 1 Md€, 2024), amf-france.org/fr/actualites-publications/dossiers-thematiques/regime-pilote
- Taylor Wessing : « DLT Pilot Regime Reform » (proposition de la Commission européenne de décembre 2025, 2026), taylorwessing.com/en/insights-and-events/insights/2026/06/dlt-pilot-regime-reform
- Service Public Entreprendre : passage du PFU de 30 % à 31,4 % au 1er janvier 2026 (12,8 % d'impôt sur le revenu, 18,6 % de prélèvements sociaux, 2026), entreprendre.service-public.gouv.fr/actualites/A18796
- AMF : « PEA, tout savoir sur le plan d'épargne en actions » (obligations exclues du PEA, 2024), amf-france.org/fr/espace-epargnants/comprendre-les-produits-financiers/supports-dinvestissement/pea-tout-savoir-sur-le-plan-depargne-en-actions
- BOFiP : PEA-PME-ETI, BOI-RPPM-RCM-40-55 (éligibilité des obligations convertibles ou remboursables en actions, 2024), bofip.impots.gouv.fr/bofip/9878-PGP.html/identifiant=BOI-RPPM-RCM-40-55-20240730
- Service Public : « Contrat d'assurance-vie : fonctionnement » (garantie en capital du fonds en euros, risque de perte en capital des unités de compte, 2026), service-public.gouv.fr/particuliers/vosdroits/F15274