Education financière : un enjeu économique, pas seulement pédagogique
Le 6 mai 2026, à l'occasion des dix ans de la stratégie nationale EDUCFI, le gouvernement et l'AMF ont adopté un nouveau plan d'action pour renforcer la culture financière des Français. Un signal bienvenu, qui pointe un problème structurel pour l'économie réelle.
Le niveau de culture financière des Français progresse depuis 2021. Il atteint aujourd'hui 12,82/20 à l'enquête OCDE de janvier 2026. C'est une tendance positive. Mais il reste encore beaucoup à faire car cette note place qui la France en milieu de peloton par rapport à la quarantaine de pays participant à l’étude. Ce plan va permettre de renforcer la présence numérique, généraliser l’éducation financière à l’école et affirmer une ambition européenne plus forte.
Un déficit qui a un coût économique concret
Il faut aller à leur rencontre pour le comprendre : nombre de dirigeants de PME solides, industrielles, souvent exportatrices, n'envisagent pas la Bourse, simplement par méconnaissance des marchés financiers et de ce qu'une cotation peut réellement apporter à leur entreprise.
Pendant longtemps, les marchés financiers ont été pensés pour des entreprises déjà familières de ces codes. La Bourse reste encore trop souvent perçue comme complexe, spéculative ou réservée aux grands groupes. Cette perception a un effet mécanique : un épargnant qui ne comprend pas la Bourse n'y investit pas. Un dirigeant qui ne comprend pas la cotation hésite à y avoir recours.
Pourtant, beaucoup de PME françaises arrivent à un moment de leur trajectoire où le financement bancaire ne suffit plus : investissement industriel, internationalisation, innovation, consolidation sectorielle ou transmission. Ce sont précisément ces entreprises qui ont besoin de capitaux patients, et qui n'y ont pas accès, faute d'une culture financière partagée entre elles et leurs investisseurs potentiels.
Le nouveau plan Educfi
Le plan adopté le 6 mai est structuré autour de trois axes : renforcer la présence numérique avec des contenus fiables et labellisés, généraliser l'éducation financière à l'école (le Passeport EDUCFI sera étendu à tous les élèves de 4e dès la rentrée 2026) et affirmer une ambition européenne plus forte, notamment via un projet d'IA spécialisée dans l'éducation financière.
L'AMF va plus loin encore avec un plan spécifique dédié aux femmes et à l'investissement. Les chiffres sont éloquents : 28 % des femmes s'estiment compétentes en matière d'épargne et de placements, contre 51 % des hommes, alors que leurs niveaux réels de connaissances ne sont pas si éloignés. Ce problème de confiance et de représentation rester à résoudre.
Une responsabilité collective
Rendre les marchés financiers plus lisibles, plus accessibles et plus compréhensibles pour les dirigeants comme pour les épargnants relève d’une responsabilité collective. C'est d'ailleurs le sens des questionnaires de connaissance imposés à tout investisseur avant d'accéder aux marchés financiers. Avant d'investir, chaque épargnant doit répondre à des questions sur sa situation financière, son horizon de placement et sa compréhension des risques. C'est la traduction réglementaire d'un principe fondamental : on n'investit bien que ce qu'on comprend.