Épargne des Français, PME et marchés de capitaux : synthèse des données 2025

Les ménages français détiennent plus de 6 590 milliards d'euros d'épargne, une grande partie immobilisée sur des comptes et livrets peu rémunérés plutôt qu'investie dans les entreprises. Face à ce constat, l'Europe a lancé un cadre inédit pour orienter cette épargne vers le financement des entreprises. Plusieurs publications françaises et européennes récentes, Banque de France, AMF, Commission européenne, pointent le même problème : l'argent est là, l'envie d'investir progresse, mais encore trop peu de Français passent à l'acte.
En bref : les ménages français détenaient 6 590,5 Md€ à fin 2025 et épargnent à un rythme record (18 % sur l'année). En Europe, 10 000 Md€ dorment sur des dépôts peu rémunérés, alors qu'il faut 750-800 Md€/an d'investissement pour rester compétitif.
En chiffres :
- 6 590,5 milliards d'euros de patrimoine financier brut des ménages français à fin 2025, +175,2 Md€ sur un an
- 18 % de taux d'épargne des ménages français sur l'année 2025, contre 14,9 % en moyenne dans la zone euro
- Répartition du patrimoine financier français : 3 911 Md€ en produits de taux contre seulement 2 576 Md€ en produits de fonds propres (actions, participations)
- 10 000 milliards d'euros d'épargne des ménages européens détenus en dépôts bancaires à faible rendement
- 750 à 800 milliards d'euros d'investissement supplémentaire nécessaires chaque année en Europe d'ici 2030
- 17 % seulement des épargnants ayant constitué de l'épargne en 2025 ont investi en Bourse, contre 12 % en 2024, malgré 35 % d'intentions déclarées
Les ménages accumulent un patrimoine record
Les dernières données de la Banque de France confirment le niveau élevé de liquidités détenues par les ménages français, dans un contexte d'arbitrages encore prudents. Le patrimoine financier brut des ménages atteignait 6 590,5 milliards d'euros à la fin de l'année 2025, contre 6 415,3 milliards un an plus tôt, une progression de 175,2 milliards d'euros en douze mois, dont 128,4 milliards proviennent directement de nouveaux flux d'épargne et 46,8 milliards d'effets de valorisation des actifs.
Ce montant représente près de deux fois et demie le produit intérieur brut national. L'épargne brute, la part du revenu disponible qui n'est pas consommée, s'est quant à elle établie à 353 milliards d'euros sur l'année, contre 348,8 milliards en 2024.
La France compte l'un des plus hauts taux d'épargne d'Europe : 18 % du revenu disponible brut sur l'ensemble de l'année 2025 (17,5 % au seul quatrième trimestre, période pourtant marquée par la hausse saisonnière des dépenses), contre 14,9 % en moyenne dans la zone euro, plus de trois points d'écart.
Ce niveau reste nettement supérieur à la moyenne d'avant la crise sanitaire, et place la France devant l'Espagne (11,3 %) et l'Italie (10,8 %), même si l'Allemagne, avec 19,1 %, la dépasse légèrement sur certaines éditions du baromètre.
Beaucoup d'épargne, peu d'investissement
Cette tendance s'inscrit dans la durée depuis la crise sanitaire, portée par une prudence persistante des ménages face à l'incertitude économique, mais la composition de cette épargne s'est nettement recomposée en 2025. Les dépôts bancaires rémunérés ont enregistré un flux négatif de 1,4 milliard d'euros (après une collecte positive de 33,9 milliards en 2024), tiré par une décollecte nette de 8,2 milliards sur le Livret A, le LDDS et le LEP réunis, conséquence directe de la baisse progressive de leur rémunération.
À l'inverse, les ménages ont accumulé davantage de liquidités immédiatement disponibles : les encours de numéraire et de dépôts à vue atteignent 763 milliards d'euros. L'assurance-vie apparaît comme la grande gagnante de ces réallocations, avec une collecte nette de 47 milliards d'euros en 2025 sur les seuls contrats en euros (contre 28,2 milliards en 2024) et des encours dépassant désormais 1 570 milliards d'euros, portée par le redressement des rendements obligataires.
Cette recomposition ne profite toutefois que marginalement aux marchés actions : à fin 2025, les « produits de taux » (livrets, comptes à terme, fonds euros) représentent 3 911 milliards d'euros d'encours, contre seulement 2 576 milliards pour les « produits de fonds propres » (actions, participations). Les actions cotées détenues en direct par les ménages ont même enregistré un flux légèrement négatif sur l'année (-0,5 milliard d'euros), signe d'une méfiance persistante à l'égard de l'actionnariat direct, alors que les mêmes actions détenues indirectement via des fonds collectent, elles, 7,4 milliards d'euros, les supports collectifs inspirant davantage confiance que la détention en direct.
Les livrets réglementés, de leur côté, ont vu leur rémunération reculer fortement : le taux du Livret A est passé de 3 % (jusqu'en janvier 2025) à 2,4 % (février 2025), puis 1,7 % (août 2025) et 1,5 % (février 2026), avant de remonter à 1,7 % au 1er août 2026, ce qui explique en grande partie la réorientation d'une partie de l'épargne vers l'assurance-vie.
Une envie d'investir qui peine à se concrétiser
Le baromètre annuel de l'Autorité des marchés financiers (AMF), publié fin 2025 auprès d'un échantillon de plus de 2 100 personnes, met en évidence un paradoxe désormais bien documenté : les intentions d'investissement en actions atteignent un niveau inédit depuis la création du baromètre en 2017, sans que cela se traduise par des investissements effectifs à la même échelle.
En 2025, 35 % des Français déclarent envisager d'investir en actions dans les douze prochains mois, en hausse de 5 points sur un an, et 34 % se disent intéressés par ce type de placement, un plus haut historique. Dans le même temps, 44 % des épargnants déclarent désormais gérer seuls leurs placements, sans recourir à un conseiller financier, contre 34 % seulement en 2022 : le mouvement de démocratisation de l'investissement est réel.
Mais l'intention reste loin de l'acte. Selon l'AMF, seuls 17 % des épargnants ayant constitué de l'épargne au cours des douze derniers mois déclarent avoir effectivement investi en Bourse (actions, obligations...), contre 12 % lors de l'édition précédente, une progression réelle, mais qui reste minoritaire.
Plus frappant encore : 4 foyers français sur 10 ne détiennent aujourd'hui aucun produit d'investissement, un chiffre resté stable par rapport à l'année précédente. Autrement dit : l'épargne est là, l'envie progresse, mais la plupart des Français hésitent encore trop à franchir le pas.
Près de 10 000 milliards d'euros immobilisés en Europe
Ce constat français s'inscrit dans un problème structurel plus large à l'échelle du continent. Selon les estimations de la Commission européenne, publiées lors du lancement de sa stratégie pour une Union de l'épargne et des investissements en mars 2025, environ 70 % de l'épargne des ménages de l'Union européenne, soit près de 10 000 milliards d'euros, est aujourd'hui détenue sous forme de dépôts bancaires à faible rendement plutôt qu'investie sur les marchés de capitaux.
La Banque centrale européenne observe, dans le même esprit, qu'environ un tiers des actifs financiers des ménages européens est conservé en liquidités et en dépôts, contre environ un dixième seulement aux États-Unis.
Ce chiffre spectaculaire mérite toutefois d'être nuancé. Les comptes financiers trimestriels de la BCE créditaient les ménages français de 7 289 milliards d'euros d'actifs financiers à fin mars 2026, dont 2 191 milliards en actions et parts de fonds, soit 30,1 % de leur patrimoine financier total. Les dépôts bancaires n'en représentent, eux, qu'un peu plus du quart.
L'image d'une épargne intégralement figée sur des livrets est donc à relativiser, au moins pour la France : une part significative du patrimoine des ménages est déjà exposée aux marchés, notamment via l'assurance-vie en unités de compte et les fonds.
Le problème n'est donc pas tant l'absence totale d'exposition aux marchés que sa concentration insuffisante sur les entreprises européennes, et en particulier sur les PME et ETI du continent, plutôt que sur les grandes capitalisations mondiales.
Le chantier européen : l'Union de l'épargne et des investissements
Face à ce constat, la Commission européenne a adopté le 19 mars 2025 sa stratégie pour une Union de l'épargne et des investissements (UEI), portée par la commissaire Maria Luís Albuquerque. Dix ans après le lancement de l'Union des marchés de capitaux, dont les résultats sont restés limités, cette nouvelle initiative adopte une approche plus large, couvrant à la fois les marchés de capitaux et le secteur bancaire, dans l'objectif de mieux relier l'épargne des citoyens européens aux besoins de financement des entreprises.
En décembre 2025, la Commission a précisé ce cadre avec un second train de mesures consacré à l'intégration des marchés et à la supervision financière, destiné à réduire les obstacles réglementaires et prudentiels qui maintiennent les marchés de capitaux européens fragmentés selon les frontières nationales.
Le 27 août 2026, la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, a détaillé devant les représentants du patronat français (Medef) l'ambition chiffrée du dispositif : mobiliser jusqu'à 470 milliards d'euros d'investissements supplémentaires en combinant la relance de la titrisation, de nouvelles incitations pour les banques et les assureurs à investir dans l'économie réelle, et une intégration renforcée des marchés financiers nationaux.
Aucune mesure coercitive n'est prévue : ni prélèvement sur l'épargne, ni plafond de dépôt imposé aux ménages, le dispositif mise entièrement sur l'incitation fiscale et réglementaire.
Un enjeu de compétitivité
L'enjeu identifié par Bruxelles n'est pas seulement financier : c'est avant tout un enjeu de compétitivité industrielle. Le rapport sur l'avenir de la compétitivité européenne remis par Mario Draghi à la Commission en septembre 2024 chiffre à 750-800 milliards d'euros par an le besoin d'investissement supplémentaire de l'Union d'ici 2030, soit environ 5 % du PIB européen, pour combler le retard d'innovation accumulé face aux États-Unis et à la Chine, financer la décarbonation et réduire les dépendances stratégiques.
Un tel effort supposerait de faire passer le taux d'investissement européen de 22 % à 27 % du PIB, avec, selon les simulations reprises par la Commission et le FMI, un gain de productivité de l'ordre de 6 % sur quinze ans.
Or les budgets publics ne peuvent absorber seuls une somme de cette ampleur, dans un contexte de marges de manœuvre budgétaires réduites pour plusieurs États membres, dont la France. D'où l'insistance de la Commission sur la mobilisation de l'épargne privée plutôt que sur l'endettement public : des entreprises européennes, en particulier des PME et ETI innovantes, ne trouvent pas les capitaux dont elles ont besoin pour croître et s'internationaliser, alors que des milliers de milliards d'euros dorment sur des comptes peu rémunérateurs à quelques kilomètres de leurs sièges sociaux.
C'est précisément cet écart entre une épargne abondante et un tissu de PME sous-capitalisées que les nouveaux outils de financement, marchés de capitaux dédiés, PEA-PME, fonds spécialisés, ont vocation à combler.
Questions fréquentes
Combien les ménages français ont-ils épargné en 2025 ?
Le patrimoine financier des ménages français atteignait 6 590,5 milliards d'euros à fin 2025 (Banque de France), avec un taux d'épargne de 18 % du revenu disponible brut sur l'année, l'un des plus élevés d'Europe, loin devant la moyenne de la zone euro (14,9 %).
Pourquoi les Français épargnent-ils autant sans investir davantage en Bourse ?
Selon l'AMF, si 35 % des Français déclarent avoir l'intention d'investir en actions, seuls 17 % de ceux ayant épargné en 2025 l'ont réellement fait. L'épargne de précaution (livrets, assurance-vie en fonds euros) reste largement privilégiée par prudence face à l'incertitude économique, et 4 foyers sur 10 ne détiennent encore aucun produit d'investissement.
D'où vient le chiffre de 10 000 milliards d'euros d'épargne "dormante" en Europe ?
Il provient de la Commission européenne, qui estime qu'environ 70 % de l'épargne des ménages de l'UE est détenue sous forme de dépôts bancaires à faible rendement plutôt qu'investie sur les marchés de capitaux. Ce chiffre est toutefois à nuancer : en France, les actions et parts de fonds représentent déjà environ 30 % du patrimoine financier des ménages selon la BCE.
Qu'est-ce que l'Union de l'épargne et des investissements ?
C'est une stratégie adoptée par la Commission européenne le 19 mars 2025, visant à mieux orienter l'épargne des citoyens européens vers le financement des entreprises, via des incitations fiscales, la relance de la titrisation et une meilleure intégration des marchés financiers nationaux. Elle vise à mobiliser jusqu'à 470 milliards d'euros d'investissements supplémentaires, sans mesure coercitive sur l'épargne des ménages.
Pourquoi l'Europe doit-elle investir 750 à 800 milliards d'euros de plus chaque année ?
C'est l'estimation du rapport Draghi sur la compétitivité européenne (septembre 2024), nécessaire pour combler le retard d'innovation face aux États-Unis et à la Chine, financer la transition énergétique et réduire les dépendances stratégiques, soit environ 5 % du PIB de l'Union.
Sources
- Banque de France : « Épargne et Patrimoine financiers des ménages – T4 2025 », publiée le 20 mai 2026 (patrimoine 6 590,5 Md€, structure de l'épargne par produit), banque-france.fr/fr/statistiques/epargne/epargne-des-menages-2025-q4
- Cercle de l'Épargne : analyse détaillée de l'étude Banque de France T4 2025 (taux d'épargne 18 %, décollecte de l'épargne réglementée, collecte assurance-vie), cercledelepargne.com/lepargne-des-menages-en-2025-vue-par-la-banque-de-france
- AMF : Baromètre de l'épargne et de l'investissement 2025, 9ᵉ édition (2 120 personnes interrogées du 19 septembre au 3 octobre 2025 ; intentions d'investissement, autonomie des épargnants, usage de l'IA), amf-france.org/.../barometre-amf-de-lepargne-et-de-linvestissement-2025
- Commission européenne : stratégie pour une Union de l'épargne et des investissements, 19 mars 2025 (10 000 Md€, objectifs), commission.europa.eu/.../savings-and-investments-union
- France Épargne : discours de Ursula von der Leyen devant le Medef, 27 août 2026 (objectif 470 Md€, données BCE sur le patrimoine des ménages français), france-epargne.fr/news/von-der-leyen-juge-lepargne-europeenne-paresseuse-et-vise-10-000-milliards
- Institut Montaigne : synthèse du rapport Draghi sur la compétitivité européenne (750-800 Md€/an, 5 % du PIB), institutmontaigne.org/expressions/rapport-draghi-faconner-leurope-puissance
- Rexecode : note de synthèse sur les propositions du rapport Draghi (taux d'investissement européen de 22 % à 27 % du PIB, gain de productivité de 6 % en quinze ans selon les simulations Commission/FMI), rexecode.fr/conjoncture-previsions/veille-documentaire/document-de-la-semaine/les-propositions-de-mario-draghi-pour-relancer-la-competitivite-europeenne