Pendant longtemps, l'éducation financière a été traitée comme un sujet presque exclusivement pédagogique. Les chiffres montrent pourtant qu'elle a un effet bien réel sur l'économie du pays.
Côté ménages d'abord : un Français qui maîtrise mal les bases de la gestion budgétaire ou de l'épargne prend plus de risques avec ses finances personnelles. Sur la période récente, le nombre de dossiers de surendettement déposés en France a progressé de 11 % entre avril 2025 et avril 2026, un indicateur concret des difficultés que rencontrent une partie des ménages à gérer leurs finances au quotidien, faute de repères suffisants (Banque de France, avril 2026).
La Bourse elle-même reste trop souvent perçue comme complexe, spéculative ou réservée aux grands groupes : un épargnant qui ne comprend pas ces mécanismes n'y investit pas, même quand cela pourrait servir ses intérêts de long terme.
Ce manque d'éducation financière ne se limite pas aux particuliers. Beaucoup de dirigeants de PME solides, industrielles, souvent exportatrices, n'envisagent pas non plus la Bourse, simplement par méconnaissance des marchés financiers et de ce qu'une cotation peut réellement apporter à leur entreprise.
Pourtant, beaucoup de PME françaises arrivent à un moment de leur trajectoire où le financement bancaire ne suffit plus : investissement industriel, internationalisation, innovation, consolidation sectorielle ou transmission. Ce sont précisément ces entreprises qui ont besoin de financements de long terme, et qui n'y ont pas accès, faute d'une culture financière partagée entre elles et leurs investisseurs potentiels.
Selon l'enquête menée par l'institut CSA pour la Banque de France en janvier 2026 auprès de 2 217 personnes, sur la base du questionnaire standardisé de l'OCDE, le score global de culture financière des Français s'établit à 12,82/20, en progression de 3 % par rapport à 2023 (12,45/20), elle-même en hausse par rapport à 2021 (12,17/20) (Banque de France, janvier 2026).
Ce score se décompose en trois volets : les connaissances financières proprement dites, les attitudes à l'égard de l'argent et les comportements financiers effectifs. Signe encourageant, l'intérêt pour les sujets financiers progresse également : 41 % des Français déclarent s'y intéresser en 2026, contre 36 % en 2023, une hausse particulièrement marquée chez les jeunes (Banque de France, janvier 2026).
Cette progression reste cependant insuffisante pour rattraper le peloton de tête : cette note place la France en milieu de classement parmi la quarantaine de pays ayant participé à l'enquête internationale de l'OCDE, loin des pays nordiques qui dominent traditionnellement ce classement.
Cet écart a des conséquences concrètes : il se traduit par une moindre autonomie des ménages face à leurs choix d'épargne et par une réticence plus forte des entrepreneurs à mobiliser les marchés de capitaux pour financer leur croissance.
Réunis le 6 mai 2026 à la Banque de France à l'occasion des dix ans de la stratégie EDUCFI, Roland Lescure (ministre de l'Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle, énergétique et numérique), Édouard Geffray (ministre de l'Éducation nationale) et François Villeroy de Galhau (gouverneur de la Banque de France) ont dévoilé un nouveau plan d'action pour la période 2026-2027, structuré autour de cinq axes.
Le plan prévoit d'abord d'amplifier la stratégie pour accompagner tous les citoyens, en démocratisant l'accès à l'information financière avec un focus particulier sur les publics fragiles et sur les moments clés de la vie (premier emploi, retraite, etc.).
Il vise ensuite à renforcer la visibilité du label EDUCFI, afin de garantir aux citoyens des contenus neutres et fiables face à la profusion d'informations financières en ligne et sur les réseaux sociaux. Il généralise également le Passeport EDUCFI, déjà déployé au collège et en seconde professionnelle, à l'ensemble des élèves de 4e dès la rentrée 2026, le renforce dans la voie professionnelle, et lance une expérimentation au lycée général et technologique à partir de la rentrée 2027.
La France affiche par ailleurs l'ambition de se positionner comme pilote européen sur le sujet, à travers le projet EDUCFI+ : une intelligence artificielle spécialisée dans l'éducation financière, destinée à proposer aux citoyens et aux entrepreneurs des conseils personnalisés et certifiés.
Enfin, le plan prévoit de renforcer l'évaluation des compétences financières des jeunes, la France continuant de participer aux évaluations internationales de l'OCDE : les progrès seront notamment mesurés lors de l'enquête PISA 2029, qui inclura pour la première fois un volet dédié à l'éducation financière.
Depuis sa création en 2016, la stratégie EDUCFI a déjà permis de sensibiliser environ 1,8 million de jeunes, avec un soutien prioritaire aux personnes en situation de fragilité sociale et aux entrepreneurs (Banque de France, mai 2026).
L'AMF va plus loin encore avec un plan spécifique dédié aux femmes et à l'investissement, dont les grandes lignes s'appuient sur une édition spéciale de son baromètre annuel publiée en mars 2026. Les chiffres sont éloquents : 28 % des femmes se déclarent compétentes en matière d'épargne et de placements, contre 51 % des hommes, un écart resté quasiment stable depuis 2022 (29 % contre 42 % à l'époque) (AMF, mars 2026).
Ce déficit de confiance se retrouve à chaque étape : 50 % des femmes déclarent ne pas s'informer du tout sur la Bourse et les marchés financiers, contre 27 % des hommes, et seules 25 % disent s'intéresser aux placements en actions, contre 45 % des hommes (AMF, mars 2026).
Pourtant, cet écart de confiance est plus large que l'écart de compétence réelle. Lorsque l'AMF teste effectivement les connaissances des répondants sur trois questions de culture financière de base, l'écart se réduit sensiblement : 9 % des femmes répondent correctement aux trois questions, contre 15 % des hommes, un écart bien moindre que celui observé sur l'auto-évaluation de compétence (28 % contre 51 %) (AMF, mars 2026).
Autrement dit, les femmes ont tendance à sous-estimer leurs connaissances réelles, quand les hommes ont tendance à les surestimer. Ce problème de confiance et de représentation, davantage qu'un problème de compétence intrinsèque, se traduit concrètement dans la participation : les femmes sont deux fois moins nombreuses que les hommes à avoir déjà investi en Bourse, un écart d'investissement entre femmes et hommes qui persiste malgré des compétences réelles comparables.
Rendre les marchés financiers plus lisibles, plus accessibles et plus compréhensibles pour les dirigeants comme pour les épargnants relève d'une responsabilité collective. C'est d'ailleurs le sens des questionnaires de connaissance imposés à tout investisseur avant d'accéder à certains marchés financiers ou produits complexes, dans le cadre de la réglementation européenne sur la protection des investisseurs (MiFID II).
Avant d'investir, chaque épargnant doit répondre à des questions sur sa situation financière, son horizon de placement et sa compréhension des risques. Autrement dit, la règle rejoint le bon sens : on n'investit bien que ce qu'on comprend.
Il s'établit à 12,82/20 selon l'enquête OCDE relayée par la Banque de France en janvier 2026, en progression continue depuis 2021 (12,17/20). Ce score place néanmoins la France en milieu de classement parmi la quarantaine de pays participant à l'enquête.
C'est la stratégie nationale française d'éducation économique, budgétaire et financière, créée en 2016 sous l'impulsion de l'OCDE et opérée par la Banque de France. Elle a permis de sensibiliser environ 1,8 million de jeunes depuis sa création (Banque de France, mai 2026).
Un parcours pédagogique dédié aux compétences financières, déjà déployé au collège et en seconde professionnelle, et généralisé à l'ensemble des élèves de 4e à partir de la rentrée 2026, avec une expérimentation au lycée général et technologique prévue en 2027.
Selon l'AMF, l'écart tient davantage à un déficit de confiance perçue qu'à un déficit de compétence réelle : seules 28 % des femmes se déclarent compétentes en épargne et placements, contre 51 % des hommes, alors que l'écart se réduit fortement lorsque leurs connaissances sont testées objectivement (AMF, mars 2026).
Beaucoup de dirigeants de PME solides évitent la cotation en Bourse par méconnaissance de ce qu'elle peut leur apporter, tandis que les épargnants qui ne comprennent pas les marchés financiers hésitent à y investir. Ce déficit croisé prive certaines PME, notamment industrielles et exportatrices, de financements de long terme au moment précis où le financement bancaire seul ne suffit plus.
- economie.gouv.fr : « Éducation économique et financière : un nouveau plan d'action 2026-2027 » (mesures du plan, contexte EDUCFI), economie.gouv.fr/actualites/education-economique-et-financiere-un-nouveau-plan-daction-2026-2027
- Banque de France : communiqué officiel sur les 10 ans d'EDUCFI (score 12,82/20, généralisation du Passeport EDUCFI, projet EDUCFI+, PISA 2029), banque-france.fr/fr/communiques-de-presse/10-ans-deducfi-la-france-generalise-le-passeport-educfi-pour-tous-les-eleves-des-la-4e-et-lance-son
- Mes questions d'argent (Banque de France) : résultats détaillés de l'enquête sur la culture financière du grand public 2026 (trois composantes du score, 41 %/36 % d'intérêt pour les sujets financiers), mesquestionsdargent.fr/budget/resultats-de-lenquete-sur-la-culture-financiere-du-grand-public-2026
- Boursorama : « 12,82 sur 20 : pourquoi les Français ont un niveau modeste en éducation financière ? » (méthodologie de l'enquête CSA, classement international), boursorama.com/budget/actualites/12-82-sur-20-pourquoi-les-francais-ont-un-niveau-modeste-en-education-financiere-47a9af1dd69bf0754edd7abeb9755480
- Banque de France : Baromètre mensuel de l'Inclusion Financière, avril 2026 (dossiers de surendettement, +11 % sur un an), banque-france.fr/fr/actualites/barometre-mensuel-de-linclusion-financiere-avril-2026
- AMF : édition spéciale du Baromètre de l'épargne et de l'investissement 2025, « Les femmes et l'investissement » (PDF officiel : 28 %/51 % de compétence perçue, écart test de connaissances 9 %/15 %), amf-france.org/sites/institutionnel/files/private/2026-03/barometre-2025-focus-femmes-et-investissement.pdf
- Lise : étude exclusive « Les femmes et la Bourse : pourquoi l'écart d'investissement persiste » (article lié, écart de participation femmes/hommes), lise.com/blog/femmes-et-bourse-pourquoi-l-ecart-d-investissement-persiste