Aéronautique : 10 ans de commandes, des PME prêtes à accélérer
La filière aéronautique française entre dans une décennie de visibilité exceptionnelle. Les carnets de commandes sont pleins, la croissance est au rendez-vous. Ce qui se joue maintenant, c'est la capacité des PME à transformer cette opportunité en production réelle.
La filière aéronautique française entre dans une décennie de visibilité exceptionnelle. Les carnets de commandes sont pleins, la croissance est au rendez-vous. Ce qui se joue maintenant, c'est la capacité des PME à transformer cette opportunité en production réelle.
Une filière portée, mais sous tension financière
La filière aéronautique française affiche des fondamentaux solides : 77,7 milliards d'euros de chiffre d'affaires en 2024, une croissance de 10 %, et des carnets de commandes qui couvrent plus de dix ans de production sur certains programmes. Un horizon rare, qui devrait rassurer partenaires bancaires et investisseurs.
Et pourtant, la réalité financière des PME et ETI de la supply chain est plus contrastée. Les délais de remboursement des dettes s'allongent : cinq ans en moyenne en 2024, contre quatre en 2023. Les échéances des prêts garantis par l'État, concentrées sur 2026-2027, constituent un point de vigilance sérieux. Et 69 % des ETI, 59 % des PME déclarent vouloir augmenter leurs capacités de production sans pouvoir y parvenir, citant les difficultés de financement comme premier obstacle.
La montée en cadence dépasse la capacité d'autofinancement
Pour une partie de ces entreprises, la progression de l'activité dépasse leur capacité d'autofinancement : la montée en cadence accroît mécaniquement le besoin en fonds de roulement. Et au-delà de la trésorerie courante, il y a les investissements structurels : augmentation des capacités, automatisation et décarbonation. Des dépenses lourdes, récurrentes et à retour long. C'est là que le crédit bancaire seul atteint ses limites.
La structure capitalistique de ces entreprises, souvent familiales ou patrimoniales, est au cœur du problème : elle ne leur permet pas d'absorber seules un effort d'investissement dont les retours s'étalent sur plusieurs années.
« La croissance est là, mais elle ne se réalisera pleinement que si les financements nécessaires sont mobilisés au bon moment et au bon endroit. La performance future dépendra moins du niveau de la demande que de la capacité à transformer cette demande en production réelle. » Clémentine Gallet, présidente du Comité AERO-PME du GIFAS
L'accès aux marchés : un levier encore sous-utilisé
L’étude du GIFAS identifie plusieurs leviers : fonds d'investissement spécialisés, investisseurs stratégiques, croissance externe, introduction en Bourse pour les acteurs en phase d'expansion. Pour les entreprises qui ont atteint la taille et la maturité nécessaires, l'accès aux marchés financiers reste un outil de financement long encore sous-utilisé dans cette filière.
Source : Clémentine Gallet, présidente du Comité AERO-PME du GIFAS, étude publiée dans Réalités Industrielles, École des Mines, février 2026.